ÊTRE DE LA TRADITION VAN DER KELEN

 

ÊTRE  DE  LA  TRADITION  VAN  DER  KELEN

 

Quoi de mieux que la porte de l'école pour représenter sa tradition?

La tradition Van der Kelen, cela semble dans le domaine de la peinture décorative, être un référent absolu. Oui mais qu’est-ce que cela représente pour moi véritablement ?        Un souvenir de jeunesse, dans le grand atelier- école de la rue du Métal, la rémanence de l’odeur du liquide des palettes, savant mélange élaboré entre la térébenthine, l’huile de lin clarifiée et le siccatif ?       Oui il y a moyen de charmer avec des souvenirs, la littérature en est remplie.          Le fait d’une tradition n’est pas là, mais dans un savoir-faire.

Un artisan, c’est un homme qui fait valider sa pensée par ses mains, dès lors La tradition Van der Kelen ce sont des qualités picturales et non des impressions personnelles, charmantes éventuellement mais qui ne vont pas enseigner aux nouvelles générations

La tradition Van der Kelen repose sur une très grande connaissance de la nature des matières, une respectueuse observation de l’immense créativité de la création géologique et botanique. Ce qui veut dire que les méthodes d’exécution ne sont jamais des recettes intangibles mais plutôt un chemin pour percevoir le sujet à représenter.

La tradition Van der Kelen c’est une capacité à imaginer les forces constructrices et être en mesure de les nommer. Connaître l’événement générateur qui a concouru à rendre au marbre son aspect et ses couleurs, à donner au bois ses spécificités, ses singularités.

C’est enfin extraire de toutes ces observations une méthode qui sera guidée par un sens de la proportion hors pair, à bien regarder ses panneaux, ce n’est jamais figé, le marbre est vivant, les lits de cailloux continuent à ruisseler, les conflits des forces se résolvent mais on les sent toujours présentes. Il m’a transmis tout cela en m’expliquant que le secret se trouvait aussi dans la rapidité. Car à trop vouloir parfaire à trop lécher comme on dit dans le métier « on devient parfait et souvent parfaitement ennuyeux » je le cite. Il faut que cela soit payable par le client et rentable pour le peintre. Mais attention à bien structurer l’intervention de la vitesse, cette dernière ne peut survenir qu’après s’être dévouer à la tâche et Mr Clément que nous nommions tous Van der... de nous citer le vers de Boileau en son Art poétique : « Messieurs (il n’y avait point de Dames à l’époque de mes études), Hâtez-vous, lentement. »

Ayant été un de ses plus jeunes professeurs, j’ai eu la chance de le fréquenter chaque semaine. On n’est pas toujours conscient de la chance que nous avons de rencontrer un Maître dans un métier, lui une fois disparu on aimerait comme dans la valse ou le tango pouvoir revenir en arrière, mais c’est trop tard, alors il faut rassembler « les affaires » du Maître, tous les conseils qu’il a offerts, ses jeux de mots, bref son esprit vif qui tel le tireur à l’arc pratiquant le zen chevaleresque atteint toujours le cœur de la cible. Et puis si on a la capacité et le courage aussi, poursuivre sa quête de qualité sans aigreur en posant sur le monde et sur les gens le même petit œil bleu avisé. Pour ma part j’ai endossé ce devoir de poursuivre dans la voie du Souffle Esprit que décrit si bien François Tcheng en limitant les interventions afin que la pensée créatrice vienne compléter l’œuvre humaine.